Madame à Marrakech - Madame se balade... au Guéliz - Madame à Marrakech
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Madame se balade… au Guéliz

Le Guéliz

Un livre sur le Guéliz ? Quelle heureuse initiative que de nous (re)faire découvrir ce quartier chargé d’histoire et pourtant si peu valorisé. Démolition de villas et d’immeubles, disparition de l’ancien marché central… ces dernières années, une partie de ce patrimoine n’a pas survécu à la spéculation immobilière et à l’absence de lois pour le protéger. « Marrakech, Le Guéliz, une histoire de patrimoine »* nous invite à nous souvenir et surtout à lever les yeux sur ce qui existe encore. Visite guidée d’une partie de ces lieux répertoriés. Vous restez sur votre faim ? Ruez-vous sur l’ouvrage et sur sa carte pour une exploration en détails.

Première étape, relier le Guéliz à la médina par un majestueux boulevard. Ce sera l’actuel avenue Mohammed V, autrefois nommée avenue Mangin, du nom du colonel qui, en 1912, destitua El Hiba – chef d’une fraternité religieuse, autoproclamé sultan – pour faire entrer dans la ville le Pacha El Glaoui, allié des Français.

La visite commence au 127 avenue Mohammed V, l’une des nombreuses entrées de l’immeuble Gidel, construit en 1930 par Marc Renard pour le compte de M.Gidel himself. De style Art déco, il déploie son avancée ombragée jusqu’à la rue de la Lilberté où il se poursuit à l’angle. Pourquoi le numéro 127 ? C’est ici, au deuxième étage, que la Galerie 127 offre à voir de très belles expos photos d’artistes marocains et étrangers de renom. Au delà de la qualité des ces expositions, c’est également l’occasion de pénétrer dans un de ces appartements parfaitement entretenus avec sol en granito, hautes fenêtres et murs en pierres apparentes.

Hotel koutoubia

En sortant de l’immeuble, prendre à droite, puis encore à droite pour arriver rue de la Liberté. Face à vous, une centaine de mètres plus loin, s’élève ce qu’il reste de l’hôtel Koutoubia, érigé dans les années 30. Longtemps fermé, puis squatté, il est aujourd’hui muré. Ne reste de sa splendeur d’antan qu’une façade partiellement conservée et égayée par une fresque des artistes Larbi Cherkaoui, Lek, Sowat et Arnaud Liard. Prenez à l’angle derrière vous, rue de Yougoslavie.

Comptoir des mines

Deuxième visite : le Comptoir des mines. Cet immeuble années 30, conservé en l’état, a été investi depuis peu, et en intégralité, par la Compagnie Marocaine des Objets et Oeuvre d’Art. Construit en 1932, son architecture simple et pleine d’allure reflète l’esprit du Guéliz. Cet immeuble inoccupé, les artistes du Maroc en ont fait leur terrain de jeu et d’exposition. A l’initiative de ce projet : Hicham Daoudi. Son objectif: donner la possibilité aux visiteurs de saisir l’âme artistique du pays.

Cité Fouque

La visite terminée, passez devant l’hôtel Koutoubia (à gauche) et prenez un instant pour pénétrer dans la Cité Fouque, appelée également Derb Sbalion (Quartier des Espagnols). Tel un petit passage secret, la ruelle fait figure d’OVNI dans l’agitation citadine. Arborée de muriers, elle relie les rues de Yougoslavie et Mohamed El Beqal. De chaque coté, de minuscules maisons et échoppes. Parmi elles, un serrurier, un cordonnier et un menuisier où vous trouverez toujours un habitant du quartier venu avec sa chaise pour discuter. Une vie de village dans la ville.

Ciné Palace

En remontant sur une centaine de mètres la rue de Yougoslavie vous arriverez au cinéma Théâtre Palace, ou du moins ce qu’il en reste. « Construit en 1926, le cinéma Théâtre Palace proposait deux salles de cinéma, dont une en plein air, et était unique en son genre, avec son architecture Art déco « marocanisée » Haut lieu culturel du quartier, il possédait déjà une vocation multiculturelle (cinéma, théâtre, concerts, marionnettes) et était considéré comme un véritable centre d’attractions. Ce cinéma rassemblait les foules et accueillait des célébrités de renom. De nombreux artistes du music-hall, du théâtre et du cinéma s’y sont produits, comme Nat King Cole, Rita Hayworth ou encore Jimmy Hendricks dans les années 60. La famille Frigeri, premier propriétaire, mettait un point d’honneur à proposer des films de qualité, avec des têtes d’affiche telles que Bourvil ou Louis de Funès. Dans les années 80-90, nous sommes face à ce que nous pouvons appeler une « crise morale ». Avec l’apparition des films érotiques, le cinéma devient petit à petit considéré comme lieu de débauche. L’accès aux nouvelles technologies (télévision) engendre également une diminution de la fréquentation du lieu (…). Laissé à l’abandon par plusieurs propriétaires, le cinéma Théâtre Palace ferme définitivement ses portes en 1993, lorsque son dernier propriétaire, endetté, le laisse en gage à la fondation de la Banque Populaire de Marrakech » peut-on lire dans l’ouvrage « Marrakech, Le Guéliz, une histoire de patrimoine »*. Aujourd’hui, il semble se destiner à une démolition certaine…

Chapelle

On traverse le boulevard Moulay Rachid puis on s’engouffre dans la deuxième petite rue à gauche, rue Hassan Ben M’barek, pour arriver à la Chapelle de 1919. Fermée au public depuis une dizaine d’années, cette chapelle protestante appartient au diocèse de Rabat. Seule partie encore exploitée : son annexe qui abrite le Centre méditerranéen de l’Environnement. Son grand jardin qui s’étendait jusqu’au boulevard Mohammed VI n’existe plus. Des immeubles ont poussé à sa place.

Villa Bel Air

On remonte la rue pour arriver sur l’avenue Hassan II. Sur cette avenue bordée d’immeubles neufs, la maison au numéro 28 fait figure de dernière résistante. Avec son toit en pente et de tuiles vertes, la Villa Bel Air se démarque également par son style architectural que l’on ne retrouve nulle part ailleurs dans Marrakech. A croire que la famille Israël, à qui elle a toujours appartenu, avait des envies de chalet suisse au coeur du Maroc…

Café de la Poste

Cette petit balade vous a donné soif ? On fait une halte bien méritée au Grand Café de la Poste. Voilà une belle adresse, celle d’un café historique qui est né presqu’en même temps que le Guéliz, il y a près d’un siècle ! On dit que Jacques Majorelle et le Général Lyautey s’attablaient ensemble dans ce café central qui faisait aussi office de relais postal. Il a été renommé un temps Café Pacha par le Pacha El Glaoui qui le transforma en hôtel-restaurant, puis redeviendra le café brasserie qui rythme la vie des habitants du Guéliz à travers les époques. En 2005, après douze ans de fermeture, sa renaissance architecturale est confiée au Studio KO qui a su en garder l’âme et certains éléments d’origine tels la cimaise en plâtre sculpté le long des murs et le sol en damiers. C’est alors que le Grand Café de la Poste tel que nous le connaissons aujourd’hui reprend vie, dans un cadre colonial raffiné qui transporte ses visiteurs dans une délicieuse atmosphère nostalgique. Une jolie parenthèse pour terminer la visite d’un quartier que l’on ne se lasse pas d’arpenter.

INFO: 
« Le Guéliz, une histoire de patrimoine », Rachel Thomann, Editions Sarrazines & Co, 230 Dirhams marocains.

Galerie 127

Comptoir des Mines

Le Grand Café de la Poste

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